L’enfant chez J.M.G. Le Clézio  d’après „Mondo et autres histoires”

 

                                                                                                          Par Ewa Wojtowicz

 

 

 

 

Le Clézio voulait rester enfant. C’est pourquoi il a une tendance à choisir des enfants ou bien des vieillards redevenus enfants comme ses protagonistes. Dans la plupart de ses nouvelles, les personnages principaux n’ont pas atteint la puberté. Le Clézio a dit que l’enfant incarne en quelque sorte l’image du monde mythique dans la ville, où règne la science et l’ordre. Il réussit mieux que l’adulte à apprivoiser l’univers, à se défendre contre la vie d’efficacité bruyante par des jeux de mots, et parce qu’il sait des choses qu’ont oubliées les adultes. Pourtant, cet enfant doit s’insérer dans la société des adultes. Le protagoniste de Le Clézio éprouve un échec, on s’isolant, comme Lullaby, Mondo ou Juba dans  La roue d’eau. Ils plongent dans les rêves ou essaient de tuer leur nostalgie par une frénésie mal conduite. Ils quittent leurs parents, l’école, la ville. Tous les personnages de Le Clézio souffrent d’une rupture qui les retranche de la société, les jette dans la solitude. Ils vivent séparés des êtres humains, de leur groupe social, quel qu’il soit. De ce fait, nous sommes en face d’un paradoxe où l’homme reste seul dans la masse de la société, où il est impossible d’être soi-même.

            La nouvelle Mondo témoigne de la nostalgie de l’enfance et de l’innocence de la société préindustrielle. Dans Mondo Le Clézio s’est libéré de l’angoisse du monde contemporain par l’exil de la société. Il s’exile du monde des adultes pour captiver la perception spontanée de l’enfant. Mondo - le héros principal est un personnage type de Le Clézio. Il est en état du crise, dont témoigne la solitude “ Est-ce que vous voulez m’adopter?”. D’une part il cherche des contacts avec des gens, il parle avec eux sur les sujets différents, mais d’autre part il s’exile du monde, de la civilisation. Il trouve ses amis dans le soleil, la mer, la plage, les mouettes. Ce qui compte pour lui c’est la nature, les choses éloignées du monde contemporain, des gens. Dans cette nouvelle, les rapports sociaux sont mis en cause. On observe dans la société l’effacement progressif des relations humaines. Il n’y a pas d’émotions, de sentiments qui deviennent un tabou. C’est l’égoïsme et l’intérêt pour soi-même qui règnent. Mondo connaissait beaucoup de gens mais il n’avait pas tellement d’amis. Mondo est un enfant libre, qui cherche son identité, sa place dans ce monde de la civilisation, il cherche une parole, une écriture universelle pour communiquer avec tous. Malgré ses essais, il ne peut pas les trouver. Il se rend compte qu’il ne peut pas s’identifier aux gens de cette ville, c’est pourquoi il disparaît.

            Mondo est un peu comme Lullaby- une autre héroïne de ses nouvelles. Lullaby n’a pas des vrais amis. Elle voulait être isolée des autres. C’est une enfant solitaire, comme tous les enfants- héros de Le Clézio. Ce sont les enfants «  petits princes », qui sont des êtres « absolument magiques », c’est-à-dire qu’ils savent parfaitement se fondre dans l’univers. Ils peuvent donc nous apprendre à habiter ce monde qui est le nôtre. Mondo, Lullaby, Jon, Juba, Petit Croix et Gaspard - ils fuient la société, la civilisation pour trouver cet « autre monde » de la nature, ils regardent ce qui est beau. Chacune des histoires de Le Clézio raconte à sa manière la recherche et l’aspiration à une liberté vraie.

            En effet, Le Clézio veut nous parler de cette violence, de cette brutalité qu’on trouve dans les relations des hommes, de la négation de l’individu qui ne peut pas se retrouver dans l’autre individu ; du désespoir qui règne. Les rapports entre les gens apparaissent dans la nouvelle « Hazaran ». Martin qui ne peut pas supporter la misère des autres, entre aussi dans cette misère. Il n’aide pas les pauvres. Ce qui lui reste, c’est de leur refuser de l’aide. Il est tout à fait résigné. Il se sent impuissant parce qu’on ne peut rien faire. Alors il entraîne les gens à la mort. Dans cette nouvelle, on voit encore une fois cette violence, cette cruauté qui règnent dans les relations humaines.

            Les protagonistes sont en mouvement perpétuel. Parfois ils se déplacent émus d’une impatience existentielle, d’une fièvre métaphysique et se réfugient dans la nostalgie de l’innocence, un énervement qui se révèle jusque dans l’écriture. S’ils cèdent,la réconciliation avec le monde est possible. Dans une aspiration de se rapprocher de l’existence à l’état pur, ils rompent les liens humains et se dépouillent de tout. Il ne s’agit pas de sortir de ce monde, mais au contraire, le retrouver. Le silence des éléments, l’union avec l’univers attendent à la fin de cette quête. En marchant, l’être humain entre en contact avec le monde d’une manière à s’y mesurer et il s’y unit.

            En effet, comme nous pouvons voir, les rapports d’enfant avec la société sont mis en cause. Pourtant, ce ne sont pas seulement les rapports avec la société qui ont été mis en doute par Le Clézio.

            D’une part on peut voir que tous les protagonistes vont s’unir avec la nature qui leur semble belle, vierge, énigmatique et amicale, mais d’autre part, la nature est cruelle, elle fait mal aux enfants.

            Dans la nouvelle « Mondo », le héros principal trouve ses amis dans le soleil, la mer et la plage. La mer est ici un symbole de la solitude, d’un refuge, d’une cachette, d’un ami et d’un confident. C’était un endroit où Mondo pouvait trouver apaisement, où il rêvait, pensait, parlait à soi même. Pourtant la nature n’était pas toujours si amicale. C’est le soleil qui fait mal au Mondo, brûle son visage. De ce fait le garçon se sent très fatigué et épuisé. La chaleur aussi fait mal à Mondo. De plus, les rapports entre la nature et l’enfant sont bien visibles dans une autre nouvelle  Celui qui n’avait jamais vu la mer. Le héros principal – Daniel – un garçon rêveur, veut trouver et voir la mer. Il adore la nature, tout ce qui est lié à elle. Mais le rôle de la nature est différent de ce des romantiques. La mer c’est aussi un grand danger. D’une part, Daniel explore la mer à partir des choses qui se trouvent sur la terre, il cherche une terre vierge, il trouve le silence, la solitude, il court en explorant, il trouve la lumière, les reflets du soleil, mais d’autre part la nature est cruelle. La mer est un piège, elle fait mal, le soleil brûle le visage, les marées hautes sont un danger terrible pour l’homme. C’est aussi Juba de  La roue d’eau  qui souffre d’une chaleur, du soleil qui brûle si fort qu’on ne peut pas rester dehors. Mais, lui aussi, il vit en accord avec la nature, parle avec des animaux. Ces enfants sont très riches à cause de leur imagination. Ils ont tout le monde à l’intérieur de soi-même. C’est la nature qui leur donne une expérience immense, magique.

            Dans la dernière nouvelle de Le Clézio Les bergers nous avons un autre exemple des rapports entre la nature et l’enfant. Là, on voit cette confrontation entre un enfant venant de la ville et un enfant du village. Leur imagination à propos de la nature est tout à fait différente. Gaspard qui vient de la ville pense que la nature est belle, formidable, qu’elle ne fait aucun mal. Par contre, les bergers savent bien qu’elle peut changer, apporter la faim terrible, ils savent que le soleil peut faire mal aux gens. Alors, Gaspard doit se mettre en accord avec sa propre culture, il est étranger, trop civilisé. Il est plus sensible que les autres. Les bergers, au contraire, sont durs comme la nature, ils n’expriment pas leur joie. Ils savent que la nature peut être aussi cruelle. L’homme est un parasite, il s’habille dans la peau des animaux, il détruit la nature. D’un côté il veut faire partie d’elle, mais d’autre part, il la détruit.

            En effet, on voit que la nature est présentée de façon très différente. D’une part, elle est belle, formidable, énigmatique, amicale, d’autre part elle est cruelle, sévère, elle a ses propres lois.

            L’enfant chez Le Clézio vit en accord avec la nature, il veut trouver son identité en s’éloignant de la société. Les relations entre l’enfant et la société sont mises en doute, ainsi que la nature, considérée toujours comme belle et amicale.

            Nous pouvons constater que Le Clézio voulait décrire la nature telle qu’elle est vraiment – belle mais sévère. De plus, il voulait nous dire qu’il faut se rendre compte de cet effacement des liens entre les gens. Que nous ne sommes qu’un petit caillou qui vit parmi d’autres cailloux, mais qu’il est tout seul...