L’enfant dans ses rapports avec la société et la nature d’après les nouvelles “Mondo et autres histoires” de J. M. G. Le Clézio.

                                                                                  

                                                                                    par Ewelina Ardelli

 

 

 

L’enfant de Le Clézio est un enfant extraordinaire. D’un côté c’est un être tout simple, l’incarnation et le miroir de tous les traits que les enfants possèdent, de l’autre côté il est différent de tous. Ce sont des enfants dont nous ne connaissons ni le passé ni le futur. Ils viennent de ce “loin” mystérieux,où il n’y a pas de noms de ceux de ville ni de ceux de leurs familles. Ce sont des enfants d’une dizaine d’années mais responsables déjà de leur vie, ils en ont conscience. Leurs amis sont aussi peu typiques. Mondo admire le travail de l’arroseur public mais il ne lui parle jamais. Ses autres amis sont Giordan le Pêcheur, le Gitan, le Cosaque, le vieux Dadi - les hommes de la marge de la société, rejetés et incompris. Avec eux Mondo trouve un langage commun parce qu’ils sont “près de la vie” telle qu’elle est en réalité. Aussi Thi Chin, une femme vietnamienne qui devient son amie, reste à l’écart parce qu’elle est étrangère.

 Ce qui est important c’est de ne pas parler des choses sans importance. Lullaby parle avec un petit garçon qu’elle rencontre sur la plage,qui, lui aussi paraît être rêveur et solitaire, autre que les enfants de son âge. Jon trouve un ami sur le sommet de la montagne magique, un enfant sur lequel nous ne savons rien, sauf le fait qu’il se présente comme le maître de cette montagne. Par contre Juba plonge dans le monde de ses rêves et c’est uniquement là-bas que nous voyons ses amis imaginaires, Cléopâtre Séléné par exemple. Daniel fuit son école et part à la recherche de la mer, ses collègues pensent à lui mais il s’écarte volontairement, il n’a pas besoin d’eux. Il est pareil à Gaspar qui laisse tomber son éducation et rejoint les enfants “sauvages” du désert. Petite Croix est isolée à cause de sa cécité, elle découvre le monde par le toucher, l’odorat et l’ouie. Alia - “petite lune” trouve son seul ami dans la personne de Martin, le “martyr contemporain” - l’homme très sensible qui voudrait sauver le monde.

 À vrai dire personne ne s’intéresse à ces enfants jusqu’au moment où ils disparaissent. Personne ne les regarde, parfois ils sont traités comme petits criminels, comme Mondo. On le chasse et l’attrape comme un chien sans maître et on l’enferme à l’assistance publique. Lullaby qui aimait la mer est accusée par sa directrice de l’école d’avoir un petit ami. Seul son professeur, M. Filippi, la comprend.

 Ces enfants ne trouvent leurs amis que dans les personnes sensibles et éprouvés par la vie dure, comme eux : ceux qui aperçoivent et aiment la nature.  C’est un autre aspect très important des nouvelles de Le Clézio : la nature – immense pouvoir qui attire les plus sensibles, les menace mais ouvre aussi ses bras et donne le refuge. C’est l’incarnation de la Grande Mère des païens, l’impératrice du monde. Tout dépend de ses caprices mais en même temps elle offre beaucoup à ceux qui savent la respecter. Quand l’enfant de Le Clézio se trouve en face d’elle - rien n’est plus important que la nature. Elle apprend comment vivre. Mondo “s’asseyait sur la plage, les bras autour de ses genoux, et il regardait le soleil se lever”, il trouve aussi le calme dans le jardin magnifique de Thi Chin. Lullaby et Daniel découvrent la mer, Jon grimpe la montagne, Gaspar parcourt les dunes du désert. La nature constitue le fond pour toutes les nouvelles. L’action est moins importante, le spectacle de la nature l’emporte sur tout le monde, il enivre complètement. Les héros de Le Clézio découvrent les étoiles, le parler du vent, la mer, les fleurs, les sables et le pouvoir du soleil.

 Les animaux deviennent souvent les amis les plus fidèles de nos petits héros. Monde regarde les oiseaux, Petit Croix chante pour les chevaux du bleu, elle écoute les histoires racontées par les abeilles bien qu’elles ne parlent pas la langue des hommes. Gaspar est ému par la beauté du “roi de Genna”- énorme ibis blanc pour lequel il risque sa vie et l’amitié des enfants. Nous voyons aussi le chien sauvage à moitié apprivoisé par Augustin, le petit renard de Khaf, le bouc noir d’Augustin, le poulpe Wiatt de Daniel.

Ces enfants un peu perdus dans le monde sévère des adultes retrouvent l’équilibre au coeur de la nature, parfois ils souffrent de la fatigue, de la faim, de la soif mais ils savent que la nature a ses droits, qu’elle ne changera jamais. Et les hommes sont instables. C’est pourquoi les enfants de Le Clézio sont tellement émouvants, nous les aimons dès le début de chaque histoire parce qu’ils incarnent la nature elle-même, ils sont tous “les petits princes” perdus dans le monde des hommes, amis des animaux, un peu naïfs, incompris, rêveurs, chercheurs du bonheur et d’honnêteté.

Le Clézio peint un beau tableau qui représente la communion entre l’homme et la nature, il nous pousse à penser à notre vie et à ce qui est vraiment important: l’amour, l’amitié, la contemplation de la nature, nos rêves et notre imagination qui nous enrichit.